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Le Fort Du Portalet

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Le Fort du Portalet, une forteresse suspendue

Accroché à flanc de falaise au-dessus du gave d’Aspe, le Fort du Portalet impressionne autant par son architecture que par son histoire. À la fois poste de contrôle commercial, forteresse militaire, prison d’État et aujourd’hui monument emblématique des Pyrénées béarnaises, il raconte près de mille ans de relations entre la France et l’Espagne.

Une porte sur les Pyrénées

Depuis toujours, la vallée d’Aspe constitue l’un des principaux axes de passage entre le Béarn et l’Aragon. Marchands, voyageurs, pèlerins et troupeaux empruntent cette route traversant les Pyrénées par le col du Somport.

C’est dans ce contexte qu’apparaît, au Moyen Âge, un poste de péage appelé le « Portalet », qui signifie en béarnais « petite porte ». Installé à proximité de la frontière, il permet de contrôler les échanges commerciaux et de percevoir des droits de passage.

À l’origine, un péage existait déjà à Canfranc, côté espagnol. Lorsque le roi d’Aragon décide d’en percevoir le montant chaque année, le vicomte de Béarn crée à son tour le péage du Portalet. Les sommes collectées servent notamment à entretenir les chemins, les murailles, les rues et à assurer la sécurité du territoire.

La Révolution française met fin à ce système. L’ancien poste est alors transformé en fort militaire avant d’être restauré à la fin du XVIIIᵉ siècle.

La naissance d’une forteresse

Au XIXᵉ siècle, les relations entre la France et l’Espagne s’améliorent et le projet d’élargissement de la route du Somport voit le jour afin de faciliter les échanges commerciaux.

Mais cette ouverture inquiète les autorités militaires françaises, qui souhaitent conserver la maîtrise de cet accès stratégique aux Pyrénées.

Après plusieurs études, le roi Louis-Philippe Ier ordonne, le 22 juillet 1842, la construction d’un fort destiné à protéger la frontière et à verrouiller la route du Somport en cas d’invasion, notamment dans le contexte des guerres carlistes qui agitent alors l’Espagne.

La réaction espagnole ne tarde pas : plusieurs ouvrages défensifs sont renforcés ou construits de l’autre côté de la frontière, notamment les tours des Fusileros, le fort du Col de Ladrones à Canfranc et le fort du Rapitán à Jaca.

Finalement, le Fort du Portalet n’aura jamais à utiliser son artillerie contre une armée espagnole. Il demeure toutefois l’un des plus remarquables exemples d’architecture militaire de montagne du XIXᵉ siècle.

Une forteresse creusée dans la montagne

Le Fort du Portalet surprend par son implantation spectaculaire. Adossé à la roche et dominant la vallée, il semble faire corps avec la montagne.

L’ensemble s’organise autour de plusieurs bâtiments principaux :

  • le corps de garde et le logement du gouverneur ;
  • la caserne, aménagée sur deux niveaux ;
  • le pavillon des officiers ;
  • le magasin à poudre.

À ces espaces s’ajoutent de nombreux dispositifs défensifs : ravines fortifiées, galeries souterraines, batteries d’artillerie, chemins de ronde et fortin supérieur chargé de surveiller les hauteurs.

Quelques chiffres permettent de mesurer l’ampleur de l’ouvrage :

  • plus de 21 hectares de superficie ;
  • 2 260 m² de bâtiments ;
  • près de 700 m² de galeries ;
  • une garnison pouvant accueillir de 260 à 320 hommes ;
  • un armement composé de canons, obusiers et mortiers.

Les plans originaux de cette réalisation exceptionnelle sont aujourd’hui conservés aux archives militaires du château de Vincennes.

Une prison pour les grandes figures de l’Histoire

L’un des chapitres les plus marquants de l’histoire du Fort du Portalet s’écrit durant la Seconde Guerre mondiale.

Entre 1941 et 1942, le régime de Vichy y emprisonne plusieurs personnalités tenues pour responsables de la défaite de 1940 : Léon Blum, Édouard Daladier, Paul Reynaud, Georges Mandel et le général Maurice Gamelin.

Le fort devient ainsi l’une des prisons politiques les plus célèbres de France.

Le 24 août 1944, après deux années d’occupation allemande, des résistants de la vallée d’Aspe encerclent la forteresse. Face à eux, les soldats allemands finissent par hisser le drapeau blanc et se rendent.

Quelques mois plus tard, un autre détenu célèbre y est interné : le maréchal Philippe Pétain. Il séjourne au Portalet avant son transfert vers le fort de la Pierre-Levée, sur l’île d’Yeu, où il termine sa vie.

De l’abandon à la renaissance

Après avoir perdu sa fonction militaire, le fort connaît une longue période d’abandon.

Vendu par l’État à un propriétaire privé en 1966, il se dégrade progressivement avant de retrouver une vocation publique en 1999, lorsque la Communauté de Communes de la Vallée d’Aspe en fait l’acquisition.

Cette étape marque le début d’un vaste travail de sauvegarde et de valorisation.

En 2005, le Fort du Portalet est classé au titre des Monuments Historiques. Peu à peu, les restaurations, les recherches historiques et les visites guidées permettent aux habitants comme aux visiteurs de se réapproprier ce monument longtemps méconnu.

Aujourd’hui, la Communauté de Communes du Haut-Béarn poursuit cet engagement afin de préserver et transmettre ce patrimoine exceptionnel.

Un symbole des Pyrénées béarnaises

Par sa situation spectaculaire, son architecture unique et les événements historiques dont il a été le témoin, le Fort du Portalet est devenu l’un des sites patrimoniaux majeurs des Pyrénées béarnaises.

À la croisée des chemins entre la France et l’Espagne, entre histoire militaire, mémoire nationale et paysages grandioses, il offre une plongée fascinante dans l’histoire d’un territoire qui a toujours été une terre de passage, d’échanges et de rencontres.