Lové entre le gave d’Aspe, la forêt et les prairies en terrasses, Sarrance occupe depuis des siècles une position stratégique dans la vallée. Son nom signifierait d’ailleurs « le verrou », en référence à sa situation géographique. Le village s’organise autour de cinq quartiers qui entourent le bourg : Gey au sud, Bosdapous et Ichère à l’ouest, Saïquet au nord et le quartier de la gare à l’est.
Aux origines d’un grand pèlerinage marial
Sarrance apparaît pour la première fois dans les textes en 1343. Cette année-là, le vicomte Gaston X de Foix-Béarn, père de Gaston Fébus, lègue par testament cent cinquante sols morlaàs afin que des messes soient célébrées à perpétuité dans le village. Si la somme est modeste, le prestige du donateur attire les moines Prémontrés de Saint-Jean-de-la-Castelle, dans les Landes. Sous leur impulsion, Sarrance devient dès le XIVe siècle l’un des grands pèlerinages mariaux des Pyrénées.
La légende du Taureau
L’histoire de Sarrance est intimement liée à une légende transmise de génération en génération.
On raconte qu’autrefois, alors que le site n’était qu’un lieu sauvage et désert, un berger remarqua qu’un de ses taureaux devenait chaque jour plus robuste. Intrigué, il le suivit discrètement et découvrit l’animal traversant le gave pour venir s’agenouiller devant une statue de la Vierge, posée sur un rocher au bord d’une source.
Prévenus de cette découverte extraordinaire, les habitants, le curé puis l’évêque d’Oloron se rendirent sur place. L’évêque décida d’emporter la statue dans sa cathédrale, mais celle-ci disparut mystérieusement durant la nuit pour réapparaître à l’endroit même où le taureau l’avait indiquée. Il y vit un signe : la Vierge souhaitait être honorée à Sarrance. Une chapelle fut alors édifiée sur le lieu de la découverte.
Aujourd’hui, la source du Taureau est tarie mais la légende demeure au cœur de l’identité du village.
Un village de caractère
Le bourg s’organise autour de deux rues parallèles, la rue du Haut et la rue du Bas, reliées par d’étroits passages appelés « carrerous ». Elles convergent vers la place centrale du village.
L’architecture de Sarrance mêle les caractéristiques des villages-rues pyrénéens et des bourgs casalers. Les maisons aux toits d’ardoise bordent les voies principales tandis que certains ensembles se regroupent en îlots autour du centre ancien.
Sur le parvis de l’église, les visiteurs peuvent admirer une remarquable calade de galets. Au-delà de son aspect décoratif, cet aménagement traditionnel protégeait les sols de la boue. Les galets, soigneusement assemblés, dessinent des motifs symboliques : étoiles, cœurs ou encore le monogramme AVM pour « Ave Maria ». Les différentes couleurs proviennent des pierres locales : grès rouge du Somport, calcaires blancs ou gris, ophite noire…
L’église et le cloître des Prémontrés
L’entrée de l’église s’effectue par un élégant clocher-porche à trois niveaux, inspiré de celui de l’abbaye de Mondaye en Normandie. L’ensemble église-cloître fut détruit lors des guerres de Religion en 1569 avant d’être reconstruit entre 1660 et 1670 par les Prémontrés.
À cette époque, le Béarn est marqué par la Réforme protestante impulsée par Jeanne d’Albret. La reconstruction de l’abbaye témoigne alors du renouveau catholique dans la vallée.
Au-dessus du porche, la Vierge triomphe d’un dragon tandis que les quatre évangélistes l’entourent avec leurs symboles : l’aigle pour Jean, le lion pour Marc, le taureau pour Luc et l’ange pour Matthieu.
À l’intérieur, le visiteur découvre un riche décor baroque où se mêlent dorures, couleurs éclatantes, colonnes torses, fleurs, fruits et animaux sculptés. Le buffet d’orgue et plusieurs panneaux polychromes illustrent encore aujourd’hui la richesse artistique de cet ensemble.
Attenant à l’église, le cloître reconstruit au XVIIe siècle s’organise autour d’un jardin intérieur. Longtemps réservé à la prière et au recueillement des religieux, il conserve au sol d’anciennes lauzes provenant de l’église.
Lors de sa restauration dans les années 1980, des vestiges du premier monastère du XIVe siècle ont été mis au jour : l’entrée de la salle capitulaire et les portes des anciennes cellules des frères. Une communauté de Prémontrés vit toujours sur place et accueille également les pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle.
La Vierge de Sarrance
À la Révolution française, l’église des Prémontrés devient l’église paroissiale du village. La statue de la Vierge de Sarrance, autrefois conservée dans la chapelle Notre-Dame-de-la-Pierre, y est alors installée.
C’est également à cette période que la tête de l’ancienne Vierge noire est remplacée par une sculpture correspondant davantage aux représentations mariales de l’époque : une Vierge souriante, douce et maternelle. La tête médiévale d’origine est aujourd’hui conservée au musée du village.
Un musée pour percer les mystères de Sarrance
Installé dans l’ancienne école des Filles, le musée de Sarrance invite à découvrir l’histoire du pèlerinage, la légende du Taureau racontée par Marcel Amont, les croyances populaires ainsi que les nombreuses personnalités royales qui ont fréquenté ce haut lieu marial des Pyrénées.
Une visite idéale pour prolonger la découverte du village et comprendre ce qui fait de Sarrance l’un des sites patrimoniaux les plus singuliers des Pyrénées béarnaises.
